Rapport / Maroc : mauvaise gestion de la pharmacie, des médicaments et des DM

Le Rapport annuel de la Cour des comptes au titre des années 2016 et 2017 qui vient d'être publié déplore l’absence de suivi et de contrôle de l’usage des médicaments et des dispositifs pharmaceutiques au niveau des services hospitaliers et une planification stratégique inadéquate.

Le rapport a relevé des contraintes et des problèmes au niveau de l’approvisionnement en médicaments, du suivi, du contrôle et de la rationalisation de leurs utilisations ainsi que d’autres problèmes liés aux locaux des pharmacies et à leurs équipements.

Les principales observations enregistrées ont concerné ce qui suit :

1-Difficultés d’approvisionnement en médicaments et autres produits pharmaceutiques :

Les centres hospitaliers s’approvisionnent en médicaments et en produits pharmaceutique soit par acquisition directe ou par le biais des dotations de la pharmacie centrale du ministère de la Santé, de la direction régionale ou de la délégation provinciale. Ils ont recours également à des échanges entre eux sans que ces opérations ne soient réglementairement encadrées. A cet effet, la Cour a relevé que les fournitures de la pharmacie centrale ne répondent pas toujours aux besoins des centres tant sur le plan quantitatif que qualitatif. De même, l’inadéquation entre les approvisionnements et les besoins conduit soit à des situations de ruptures de stocks en médicaments soit à des pertes, suite au non usage des médicaments et au dépassement de leurs délais de péremption.

Ainsi, à titre d’exemple, des ruptures récurrentes en médicaments ont été relevées au niveau de l’hôpital Mohammed V de Tanger, alors même que le reste à livrer par le ministère s’élevait à 14.709.180,00 DHS.

Aussi, au niveau du centre hospitalier préfectoral el Jadida, le montant correspondant aux médicaments périmés sur la période 2011-2015 a atteint 1.755.069,12 DHS. En parallèle, le centre a connu pour la même période des situations de rupture de certains médicaments et dispositifs médicaux qui ont parfois duré près d’une année. Pour faire face à cette situation, le centre a effectué, durant la période 2011-2015, des échanges de produits en recevant l’équivalent de 1.635.524,00 DHS en produits et dispositifs médicaux, ainsi qu’en transférant à d’autres établissements l’équivalent de 731.012,00 DHS.

De même, au niveau du centre hospitalier régional de Marrakech, il a été relevé une différence entre les besoins réels et les besoins exprimés. Ainsi, pour l’année 2016, l’hôpital a exprimé un besoin de 16.638.800 DHS, et le ministère s’est engagé à fournir l’équivalent de 8.377.474,00 DHS, alors que la consommation annuelle de l’hôpital n’a pas dépassé 5.810.663,90 DHS.

2-Absence de suivi et de contrôle de l’usage des médicaments et des dispositifs pharmaceutiques au niveau des services hospitaliers :

Les services cliniques ne tiennent pas des fiches leur permettant de suivre leurs approvisionnements et leurs consommations en médicament.

D’autant plus, les responsables des pharmacies hospitalières ne disposent d’aucun moyen pour le suivi de l’usage des médicaments par les services.

De ce fait, les médicaments ne sont pas inclus dans la facturation des prestations de l’hôpital.

D’un autre côté, au niveau du centre hospitalier régional de Marrakech, la

Cour a relevé que certains services hospitaliers gèrent les médicaments sans intervention de la pharmacie de l’hôpital, et ce, en violation des dispositions de l’article 34 du règlement intérieur des hôpitaux. Il s’agit du service des maladies contagieuses qui gère ses médicaments en dehors du circuit de la pharmacie hospitalière, ainsi que du service de pédiatrie qui, depuis l’année 2000, reçoit des dons qui ne transitent pas par la pharmacie de l’hôpital.

Aussi, au niveau du même centre, il a été constaté que la pharmacie est gérée par un infirmier, et ce, en violation des dispositions du code des médicaments et de la pharmacie, notamment, son article 69, de l’article 34 du règlement intérieur des hôpitaux et de la circulaire du ministre de la Santé du 24 mai 2005 sur les attributions des pharmaciens hospitaliers.

En outre, au niveau du centre hospitalier de Meknès, il a été observé une insuffisance en solutions informatiques de gestion. En effet, le suivi des médicaments se fait manuellement sur des fiches de stocks qui sont périodiquement reprises sur un tableur (Excel). Ainsi, la traçabilité des médicaments et des dispositifs médicaux se perd une fois ses derniers sont livrés aux services hospitaliers, et de ce fait, la pharmacie ne joue aucun rôle en matière de contrôle et de suivi de la consommation des médicaments et des dispositifs médicaux.

3-Problèmes liés aux locaux de la pharmacie et à leurs équipements :

Les pharmacies des centres hospitaliers connaissent des problèmes liés à leurs locaux et à leurs équipements, qui entrainent des conditions de stockage des médicaments et des dispositifs médicaux contraires aux normes en vigueur, ainsi qu’un environnement de travail inadéquat pour le personnel.

A cet égard, il a été constaté, au niveau du centre hospitalier préfectoral d’El Jadida, que la pharmacie est située au sous-sol, et qu’elle ne dispose pas d’une surface suffisante pour le stockage. D’autres locaux sont par conséquent été utilisés à cette fin, tels que le local adjacent à la morgue et la pharmacie de la maternité, sachant que ces locaux ne répondent pas aux normes requises. De même, la pharmacie ne dispose pas d’un système automatisé de contrôle de la température à même de garantir les conditions de stockage en dehors des horaires administratifs.

Aussi, au niveau de l’hôpital Mohammed V de Tanger, il a été relevé que la pharmacie ne dispose pas de commodités sanitaires, et connait des écoulements d’eaux usées. De plus, en raison de l’emplacement de la pharmacie, les inondations de fin 2014 début 2015 ont occasionné une perte de médicaments et de dispositifs médicaux.

En outre, au centre hospitalier régional de Marrakech, et par insuffisance des superficies de stockage, huit locaux ont été exploités comme entrepôt.

Il s’agit du siège de la pharmacie, du sous-sol de l’hôpital, d’un Riad, d’une habitation située dans l’enceinte de l’hôpital, d’une pièce au service de cardiologie, du bureau du directeur et d’une pièce adjacente au service d’admission. De ce fait, les médicaments stockés sont par conséquent entreposés dans des conditions de température et d’humidité élevées, particulièrement, au niveau du Riad, de l’habitation et du sous-sol. Ce dernier connait en outre des écoulements d’eaux usées qui ont endommagé une grande quantité de médicaments et de dispositifs médicaux.

Par ailleurs, au niveau du centre hospitalier préfectoral de Meknès, les pertes en médicaments liés directement à l’état des locaux de la pharmacie, pour la période 2012-2015, ont été estimées à 1.341.700,00 DHS par les services de la pharmacie.