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La misère sanitaire…

  • 22 fév 2019

  • Par : Zouhair Lahna

  • Tags : sante, Maroc

Je suis contacté assez souvent par des personnes en détresse qui essaient de trouver des solutions médicales à leurs galères ou une issue sans dégâts à des femmes enceintes voire des prématurés à la recherche de places.

Le week-end, ce fut un appel pour une personne de ma famille dans une ville moyenne qui compte un ‘’hôpital’’ presque neuf, construit à coût de crédits et de plusieurs cliniques. La dame a été retrouvée allongée au milieu de son salon victime d’un accident vasculaire cérébral. Même si elle et la famille venue la chercher sont de condition modeste, ils ont préféré l’emmener dans une clinique privée. C’était en début de soirée, le propriétaire de la clinique, un chirurgien était sur place, mais aucun autre médecin spécialiste ne répondait au téléphone. La patiente aura besoin d’un scanner, on a conseillé d’emblée à la famille de l’emmener à une structure où elle pourra être prise en charge. Portée par son neveu, elle est remise dans une voiture ordinaire et ramenée à la polyclinique de la CNSS, là aussi, un problème surgit et on conseille un troisième transport d’une femme hémiplégique vers l’hôpital public.

Là, commence la confrontation vers ce qui est dur et amer voire dangereux dans le pays, à savoir être malade ou accompagner un malade et n’avoir qu’une prise en charge légère et décalée. La situation des urgences est décriée depuis longtemps et par tous les acteurs mais il n’y a aucune volonté de l’améliorer. La preuve est l’échec patent de l’ancien ministre de santé marocain, qui est lui-même chef des services des urgences du CHU Averroès de Casablanca.

Le neveu n’a pas pu trouver un fauteuil roulant pour transporter la dame de la voiture vers la salle d’attente qu’au bout de trois quarts d’heure. Deux infirmières et un médecin de garde pour gérer les urgences d’une ville de 250 000 habitants et sa région. C’est juste un non-sens. Quelques patients viennent pour de vraies urgences et qui peuvent mobiliser toute l’attention de l’équipe et beaucoup viennent pour des problèmes de santé qui pourraient être réglés par des structures moins lourdes. Mais pour cela, il faudrait une politique de santé adaptée. Mais elle est où la politique ??

Le médecin a fait le diagnostic d’accident ischémique (une artère s’est bouchée dans le cerveau) pour le confirmer il faudrait un scanner, je l’ai eu au téléphone, il a pu me répondre au milieu des assauts des patients et leurs familles qui comme j’imagine la scène, le pressent de toutes sortes de questions dès qu’il montre le bout du nez en dehors de son bureau de consultation. Il n'était que 22h, Quatre heures qu’il a entamé sa garde nocturne, mais je l’ai senti déjà exaspéré et à fleur de peau. Il a pu en suppliant presque le médecin radiologue pour venir, afin que le technicien de radiologie puisse effectuer le scanner.

Ce qui m’a étonné dans cette situation anormale, c’est que le médecin urgentiste n’a pas à supplier qui que soit, il devrait même être épaulé par un voir deux autres confrères afin d’absorber le débit des patients qui arrivent bon gré mal gré aux urgences. Que la radiologie et le laboratoire devaient fonctionner normalement, pour l’aider à faire des diagnostics et prodiguer les traitements adéquats. Le tout dans un climat serein, et pourquoi pas dans la bonne humeur.

Les médecins dont je connais le métier parfaitement, ne peuvent exercer et soigner correctement en usant de réflexion et d’empathie que quand ils travaillent dans de bonnes conditions. Leurs humeurs dépendent de leurs capacités de don et par conséquent de traitement.

Ceux qui pensent que c’est un métier comme un autre n’ont hélas rien compris du métier de médecin et de ses conditions d’exercice.

Quand à saisir toute la psychologie qui se construit autour de l'homme ou la femme médecin, ceci demande un peu de finesse.

Le matin, je suis arrivé à l’hôpital pour voir la patiente. Paradoxalement, les portes étaient ouvertes et les fameux agents de sécurité qui désormais soufflent le chaud et le froid et décident de qui doit entrer ou pas n’étaient pas devant les portes. J’ai su ensuite que l’un des leurs a failli perdre un œil la veille, frappé par un accompagnateur de patient excédé. Bref, la routine.

Depuis longtemps, j’ai suggéré des agents d’accueil aimables, souriants et serviables, pour absorber le stress des patients et leurs familles, mais ces idées douces et parfaitement intelligibles ne passent pas. On préfère, le sécuritaire face à ceux qui ne se tiennent pas à carreaux...

J’ai trouvé la dame hémiplégique sur le brancard depuis plusieurs heures, il était midi et le médecin du jour n’est pas encore passé voir les malades hospitalisés, certainement débordé par le flux des nouveaux patients arrivés le matin. J’ai demandé après sa tension artérielle ?

Sur la pancarte une tension est marquée sans heure ni moment.

L’infirmière responsable de l’unité, débordée avait du mal à reconnaître ses malades. Aucun n’avait de dossier médical et c’est souvent la famille des uns et des autres qui s’occupent des leurs, heureusement !!

Je suis venu accompagner d'un autre médecin extérieur à l’hôpital, on a demandé si on pouvait avoir une tension récente pour voir si la tension artérielle est contrôlée ou non par le traitement. On m’a répondu qu’il n’y a qu’un tensiomètre mural et que le patient qui ne peut pas marcher devrait se déplacer jusqu’au tensiomètre pour prendre sa tension! Et l’électrocardiogramme a-t-il était réalisé ? Non, parce qu’en panne et comme on est le weekend, le seul qui fonctionne est au centre diagnostic qui est fermé bien entendu !

Devant un tel désastre, la seule chose que je souhaitais faire c’est de partir de cet endroit de la mort, un endroit sordide où il n’y ni médecine ni humanité. Le meilleur endroit pour la patiente est d’être accueillie dans la dignité dans sa famille.

- le médecin de la veille l’avait marquée sortante et qu’elle pourra revenir lundi pour prendre rendez-vous avec un neurologue, nous a dit l’infirmière en regardant les papiers qui étaient en possession de la famille.

- Un rendez-vous dans trois mois, c’est ça je lui ai répondu sur un ton de moquerie et d’amertume.

- Peut-être … Vous voyez docteur dans quelles conditions on travaille. Je n’en peux plus moi aussi !! Un AVC et puis on fait sortir le patient porté sur le dos d'un membre de sa famille, sans voir le neurologue, ni le cardiologue, sans réaliser une échographie du cœur et encore moins celles des troncs vasculaires du cou. Et surtout sans équilibrer sa tension artérielle qui lui a occasionnée cet accident. Y a-t-il pire misère? On a dû appeler des collègues pour savoir quoi faire ? Je vous laisse imaginer ce qui adviendra des patients lambdas.

Tout le monde sait qu’il n’est pas bon de tomber malade dans un pays qui ne respecte pas ses faibles.

Je fais souvent de mon mieux pour vaincre la déprime et œuvrer avec les moyens qui sont en ma possession, mais la réalité me rattrape à chaque fois pour me montrer l'énormité de la tâche et le désastre ambiant. Désastre connu mais apparemment très bien accepté... puisque les plans d'actions se succèdent et rien ne change, ou presque.