Les nouveau-nés malades et notre conscience !!

En soutien à la sage femme Fatima Taleb qui a été suspendue de ses fonctions pour avoir confirmer à la presse que le taux de mortalité des nouveaux nés et nourrissons a augmenté au CHU Souissi de Rabat

Le problème pour certains dirigeants de la santé publique n'est pas les enfants qui meurent tous les jours par négligence, incompétence ou manque de moyens, mais le fait de le dire.

Les nouveau-nés fragiles ont besoin de nous, je ne parle pas de tous les nouveau-nés fragiles par essence et qui ont besoin des soins permanents de leurs parents et leur entourage pour les réchauffer, les allaiter, les laver et les changer. Je parle de ceux qui sont malades entre eux, suite à une naissance avant l’heure ou d’avoir subit un accouchement difficile qui a conduit à leur asphyxie et par conséquent un départ difficile dans la vie. Il y a également ceux qui attrapent une infection pendant l’accouchement ou comble de la dérision lors de leur séjour en néonatologie.

Et les unités de néonatologie parlons-en, les nouveau-nés qui y entrent ont une malchance importante de n’y sortir que vers les cimetières. Les soins qui y sont dispensés ne sont ni aux normes ni à la hauteur des besoins que requièrent ces petits êtres. Et pour illustrer ce que j’avance, je vais vous citer un exemple factuel. Et j’en ai d’autres malheureusement.

Pendant que je visitais une unité de néonatologie dans une grosse maternité d’une ville du royaume, j’ai vu des jumeaux dans la même couveuse, l’un d’entre eux était bleu et avait du mal à respirer, ses petits muscles thoraciques se contractaient pour faire avancer l’air vers ses poumons pour pouvoir oxygéner son petit cerveau, on appelle ceci une respiration de lutte, lutte pour la survie. Ces nouveau-nés ont besoin d’une assistance respiratoire, un appareil qui les aide à respirer en attendant que leur état s’améliore,

- Il ne va pas bien ce nouveau-né, j’ai dit à l’infirmière qui m’accompagnait

- Je sais, me répond-elle en ajoutant les petits tuyaux qui étaient en face de ses narines pour lui donner de l’oxygène

- Je crois qu’il a besoin d’une assistance respiratoire, j’ai répété en regardant la pédiatre qui arrivait

- On sait, mais on n’y peut rien, le centre hospitalier universitaire qui possède une réanimation n’a jamais de place et refuse tous nos transferts.

- Alors, comment vous faites ?

- On ne fait rien.

- Vous voulez dire, soit il s’en sort tout seul ou il crève, j’ai insisté en les fixant du regard

- C’est bien cela, malheureusement …

- Et si ce nouveau-né était quelqu’un de votre famille ? Allez-vous le regarder s’éteindre sans faire quoi que se soit ?

Je n’ai eu en guise de réponse à ma dernière question qu’un mutisme gêné. Je suis sorti de l’unité, tête baissé en essayant de contenir ma colère. La colère du manque de moyens et de volonté et surtout la colère de l’incompréhension. Et puis j’ai commencé à me parler à haute voix comme un fou : Comment on en est arrivé là ? A avoir ce détachement avec la mort d’autrui. Comment un personnel soignant assiste à la décadence sans demander l’amélioration des conditions de travail et prendre la défense de ces petits êtres dont il a la charge et la responsabilité.

Avoir une conscience c’est ce qui différencie les humains des autres créatures, et avoir choisi un métier à responsabilité de la santé des humains, c’est ce qui différencie en principe ceux qui ont acquis un savoir de ceux qui ne l’ont pas. "

Mme Fatima Taleb, sage femme chef de la salle d'accouchement du CHU de Rabat n'a fait que confirmer les chiffres qui montrent une augmentation du taux de la mortalité des petits marocains souffrants ou prématurés.